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VT Surfing : Une greffe de cellules olfactives permet à des chiens paralysés de remarcher

18/01/2013 par

Suite à un traumatisme, les lésions à la moelle épinière ont un impact considérable sur le bien-être physique et émotionnel des victimes. Une blessure de la taille d'un raisin peut conduire à la perte complète des fonctions de la moelle épinière située en dessous de la lésion

Une blessure au cou peut provoquer une paralysie des bras et des jambes, la perte de toute sensation en dessous des épaules, l'incapacité à contrôler sa vessie et ses intestins, la perte de toute fonction sexuelle, et des risques de santé secondaires, incluant des infections des voies urinaires, des escarres et des phlébites liées à l'incapacité de bouger ses jambes. Chaque année, 1 200 Français sont victimes de traumatisme médullaire, essentiellement du fait des accidents de la route.


Régénération de la moelle épinière chez des chiens


Face à ce problème, de nombreuses recherches donnent des résultats intéressants : injection de cellules souches, régénération de nerfs en bloquant la production d’une certaine enzyme… et la transplantation de cellules de la muqueuse nasale. Après avoir obtenu des résultats spectaculaires chez le rat et la souris en laboratoire, les chercheurs britanniques de l’Université de Cambridge ont voulu tester leur technique sur des animaux dont les blessures sont "réelles" et non résultantes d’expériences volontaires et contrôlées. Pour cela, ils ont recruté 34 chiens (principalement des teckels) victimes de tels accidents et donc privés de l’usage de leurs pattes arrières.


Les chercheurs ont prélevé chez ces chiens des cellules gliales olfactives, qui continuent à se développer une fois atteint l'âge adulte. Ces cellules nerveuses servent de gaines aux cellules réceptrices de l’odorat. Vingt-trois chiens ont reçu une transplantation de ces cellules au niveau de la zone lésée et 11 ont reçu une injection placebo – un produit inactif (ni les médecins, ni les propriétaires ne savaient quel traitement avait été administré). Rendus à leur maître après s’être assuré qu’ils ne développaient pas de réactions allergiques, les chiens ont ensuite été l’objet de tests mensuels sur leurs fonctions neurologiques et leur capacité motrice (en particulier leur possibilité à coordonner leur mouvement entre les membres inférieurs et supérieurs).


Des résultats très encourageants à confirmer chez l’homme


Les 23 chiens traités ont présenté une amélioration de leur fonction motrice, tandis qu’aucune amélioration n’était constatée chez les 11 du groupe témoin. Certains, après quelques mois, ont réussi à marcher à l’aide d’un harnais sur un tapis roulant. Le dénommé Jasper a même pu remarcher complètement au bout de deux ans pour le plus grand bonheur de son propriétaire. Les cellules transplantées ont permis de reconstituer des liaisons entre les cellules sectionnées, ces "reconnexions" ont été possibles sur de courtes distances.


Selon le Pr. Robin Franklin de l’Université de Cambridge, "Nos résultats sont très encourageants car ils montrent pour la première fois qu’une transplantation de ce type de cellules au niveau d’une moelle épinière sévèrement endommagée apporte un progrès. Nous pensons que cette technique pourrait permettre à des patients humains de retrouver une partie de leur mobilité, mais il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir espérer une restauration de toutes leurs capacités motrices. Il est plus probable que cette procédure fasse demain partie d’une combinaison de thérapies, en plus de médicaments et de thérapies physiques, par exemple".


Les patients atteints de tels traumatismes ont également beaucoup d’attentes concernant la perte de leur continence et de leur fonction sexuelle. Même si dans ces domaines, certains chiens traités ont connu des améliorations, elles ne sont pas, pour l’heure, statistiquement significatives. Au-delà de ces résultats encourageants, seuls des essais sur le long terme conduits sur l’homme permettront donc de savoir s’il s’agit d’un réel espoir pour les victimes de traumatismes médullaires*.


David Bême


Sources :


Autologous olfactory mucosal cell transplants in clinical spinal cord injury: a randomized double-blinded trial in a canine translational model - Nicolas Granger, Helen Blamires, Robin J. M. Franklin et Nick D. Jeffery - Brain 2012: 135; 3227–3237 (étude accessible en ligne)


First randomised controlled trial to show spinal cord regeneration in dogs – Communiqué de l’université de Cambridge – 19 novembre 2012


* Un essai sur une vingtaine de patients a été réalisé par une équipe portugaise avec la même technique associé à des thérapies physique mais cette étude ne comprenait pas de groupe témoin -Olfactory mucosal autografts and rehabilitation for chronic traumatic spinal cord injury. - Neurorehabil Neural Repair.2010 Jan;24(1):10-22. Epub 2009 Sep 30 - Lima C et al. (abstract accessible en ligne)


Article paru dans le veterinaria VIII/12 page n°53