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Le point sur la Peste Porcine Africaine avec Annick Linden et Jean-François Heymans

08/04/2019 par Grégory Schoonbroodt

Le point sur la Peste Porcine Africaine avec Annick Linden et Jean-François Heymans



Annick Linden et Jean-François Heymans ont fait le point sur l’historique et la situation actuelle et projetée de l’évolution de la PPA en Wallonie.

Après avoir dressé l’historique et les détails géographiques pour les non belges présents Annick Linden rappelle les objectifs principaux au niveau Wallon (et Fédéral) : après les mesures immédiates fin septembre/début octobre 2018 (zone interdit,  à long terme c’est l’éradication de la PPA en Belgique, à court terme et depuis les premiers cas c’est le confinement du virus dans la zone concernée et d’éviter le passage dans les exploitations de porcs domestiques. Comme JFH l’a rappelé après Annick, la Belgique a en effet pu conserver son statut indemne de PPA en ce qui concerne les porcs domestiques (4000 sérologies réalisées à ce jour, toutes négatives). La statut « ASF free for all swine » a lui bien été perdu avec les premiers cas confirmés, et ce pour une durée d’un an au moins.

L’atteinte des objectifs est visée par trois mesures concrètes :

1. La recherche active des cadavres d'animaux
Un « modèle carcasses » a été établi, selon lequel pour chaque cadavre signalé une zone de 1500m autour de celui-ci devient une zone focus. Il s’agit souvent de points d’eau ou zones humides, les animaux infectés souffrant d’un syndrome fiévreux ayant soif. Il y a quotidiennement 50-60 personnes sur le terrain dans les différentes zones, répartis en équipes de 4-5 personnes. Les chasseurs ont également été formés en matière de biosécurité afin de pouvoir effectuer le prélèvement des cadavres dans de bonnes conditions. Un camion spécifique Rendac est attribué à la tâche de ramassage. Il ne circule pas ailleurs, certainement pas dans des exploitations porcines, et termine toujours sa tournée à Virton.

2. L'installation de clôtures
Assez rapidement et progressivement un réseau de clôtures a été installé (actuellement environ 120km). Même si le « patchwork » de clôtures a fait sourire certains il faut savoir que l’objectif de ce réseau n’est pas d’être à 100% étanche (difficilement réalisable dans les zones urbanisées) mais bien de freiner la progression du virus en contenant les animaux infectés dans des « couloirs » permettant par la suite de faciliter le prélèvement (que ce soit par tir ou la surveillance/ramassage de cadavres). Les clôtures sont vérifiées et entretenues en permanence et la poursuite de l’installation vers le nord et l’est de la zone d’observation renforcée est en cours. Cela a notamment permis d’éviter un passage vers la France, et les cartes reprenant les sangliers positifs illustre bien la barrière physique efficace que cela représente par le nombre de cas importants d’un côté et l’absence totale de l’autre (côté ouest).

3. La dépopulation active des sangliers
L’objectif à terme est l’élimination totale de la population de sangliers dans la zone (stamping out). Afin de ne pas créer un mouvement accru d’animaux infectés cela a été évité dans la zone centrale (Kernel-Buffer zone). Dans les zones en périphérie (zone d’observation renforcée – zone de vigilance – zone tampon) cette procédure a commencé. Environ 80 pièges ont été installés (surtout dans le Nord après quelques sangliers positifs « échappés » dans cette direction) et des patrouilles de nuit sont organisées. Pour ces tirs de nuit du matériel spécifique a été mis à disposition des chasseurs par la RW et la législation a été adaptée afin de permettre l’utilisation de ce type d’armes à des fins de chasse. 517 des 1106 km2 concernés sont boisés et il y a 200% de sangliers prélevés (trouvés morts ou abattus) dans la zone centrale et à l’ouest, en comparaison à l’année 2017. La collaboration avec les chasseurs est donc bonne et indispensable. Une indemnité de 100€/carcasse est prévue pour les chasseurs et cela les motive dans leur tâche.

Il est attendu qu’un nouveau cycle épidémique se produise au pic de mise bas dans les mois à venir. Cela risque de produire une avancée vers le Nord-Ouest, d’où l’installation d’une nouvelle ligne de clôtures dans cette région.

Petit rappel concernant le secteur porcin belge : 7200 exploitations, 6,2 millions de porcs (94% en Flandre), 11 millions de porcs abattus par an, 15000 emplois, 1,3 milliards € export (90% intracommunautaire, 10% pays tiers).

La gestion de la crise impressionne nos voisins directs et est déjà prise comme exemple.

Le Dr Bernard Van Goethem (Directeur de la DG santé à la Commission Européenne) dresse un tableau plus large de la PPA sur le Continent Européen et Eurasien. Actuellement la Chine, la Mongolie et le Vietnam doivent faire face à une progression rapide de la maladie sur leur territoire. 114 nouveaux foyers en Chine depuis août 2018 (>1.000.000 porcs tués) et 11 nouveaux foyers avec 3115 porcs tués (=10% effectif national) en Mongolie depuis le début de cette année. Là aussi le facteur humain (voyageurs, transport, etc.) est un gros problème dans le contrôle de la propagation.

La Commission Européenne est disposée à apporter de l’aide à ces pays avec son expertise, dans un souci de maintenir un climat de confiance et maintenir les échanges commerciaux. L’efficacité d’une bonne gestion de crise est illustrée par la République Tchèque, qui a réussi à redevenir indemne de PPA récemment.

Un « High level meeting » des différents Ministres et CVO des plusieurs Pays, dont la Belgique, est prévu ce 10 avril à Pékin. Notre CVO Jean-François Heymans y exposera la gestion de la crise en Belgique.